L’indépendance financière pour se libérer des évaluations de performance

Plus jeune, j’étais carriériste. J’admirais les femmes élégantes, habillées en tailleur et talons hauts, avec de belles sacoches et les ongles manucurés. Dans mon imaginaire, ces femmes assument leur féminité, occupent des postes importants, dirigent une équipe et sont accrochées à leur téléphone. Vous remarquerez que dans les séries américaines, à quelques exceptions près, c’est souvent comme ça qu’elles apparaissent (ou alors j’ai juste trop regardé Sex and the City).

Dans tous les cas, ces femmes représentaient pour moi l’image de la réussite dans le monde moderne et j’ai fait tout mon possible pour y ressembler. Si je n’avais pas encore de poste important ni d’équipe à diriger, et bien je pouvais au moins avoir ce tailleur, ces talons hauts et une collection impressionnante de vernis à ongles. Ma progression professionnelle allait bon train puisque je passais le plus clair de mon temps à travailler. Mes évaluations de performance surpassaient les attentes d’année en année. J’étais comblée! C’est vous dire à quel point mon identité personnelle était liée à ma réussite professionnelle, mon titre et mon salaire.

Puis, j’ai décidé d’avoir un bébé, un deuxième et le troisième (Nous les appellerons Un, Deux et Trois.) n’a pas demandé mon avis. J’ai dû prendre au moins 10kg pour chaque grossesse et je n’en ais pas perdu la moitié. Finis les talons hauts et mes ongles sont maintenant coupés courts. Ma garderie et mes lessives ne me permettent plus de rester au bureau jusqu’à 19/20h, ni d’aller socialiser aux 5 à 7. Mes évaluations de performance s’en ressentent. C’est le choc! Je ne suis pas et je ne serais pas ce que je pensais que je voulais être. Il s’agit d’un deuil et j’en traverse toutes les étapes:

  • Le déni: Non cette situation n’est que passagère, tout va aller mieux quand les enfants seront un peu plus grands et plus autonomes.
  • La colère: C’est totalement injuste d’avoir à choisir entre réussir en tant que maman et réussir sa carrière!!!
  • Le marchandage: Est ce que je prends une nounou ou bien est ce que je réduis mon temps de travail?
  • La dépression: Je ne suis pas heureuse, ma vie ne me convient pas, mes enfants en sont la cause…
  • L’acceptation: Ok alors qui suis-je? Je pense, d’ailleurs, que je suis toujours dans cette phase.

Il s’agit maintenant de me reconstruire une identité, une identité dans laquelle je me sente bien et pour ça j’ai besoin de me libérer de mes anciennes aspirations de réussite professionnelle car, il faut bien l’admettre au quotidien, être employé reste un fardeau. Un fardeau de devoir pointer au bureau les jours où on a pas dormis de la nuit à cause d’un enfant malade. Un fardeau de devoir faire son épicerie aux moments les plus achalandés (Êtes-vous déjà aller chez Costco un samedi??!!!!). Un fardeau d’écouter notre gestionnaire faire notre procès lors des fameuses évaluations annuelles!

Bon faisons une pause ici et laissez-moi mettre mon chapeau de professionnelle RH pour démystifier le processus d’évaluation de performance pour vous.
La grande majorité des entreprises accordent des augmentations salariales annuelles pour maintenir le niveau de pouvoir d’achat de leurs employés face à l’inflation. Le montant de l’enveloppe pour les augmentations salariales est décidé par le niveau hiérarchique le plus élevé de la compagnie (Chef d’entreprise, conseil d’administration, etc.). Habituellement il se situe entre 2 et 3% de la masse salariale de la compagnie. La question maintenant est de savoir comment répartir cette enveloppe entre les différents employés. Et c’est là que des professionnels RH comme moi, avons inventé des formules mathématiques scientifiques pour justifier la répartition de ce budget. En conclusion, chers lecteurs, si ma formule mathématique plafonne votre augmentation salariale annuelle, alors le travaille de votre gestionnaire c’est de vous expliquer que vous n’avez pas performé et ce, peu importe la qualité ou la quantité de travail que vous avez fournis durant l’année.

Pourtant pleinement consciente de ce mécanisme, j’ai encore du travail à faire sur moi-même pour que le résultats de mes évaluations de performance ne définissent plus qui je suis. Et je suis malheureusement en compétition avec un environnement de travail où tout a été mis en place pour que je n’y arrive pas.

Finalement et pour conclure, tendre vers l’indépendance financière c’est aussi, pour moi, une façon de me libérer de cette culture de performance, une façon de faire le deuil de mes aspirations de jeunesse et une façon de me permettre d’embrasser ma nouvelle identité.

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